14 juin 2012

Etat des lieux de la fonction d'animateur de B.C.D. à la Ville de Paris

Le Projet Educatif de la Ville de Paris en matière de lecture se voit confronté — il en est plus que temps — à l'épreuve des faits.

L'action éducative des Circonscriptions des Affaires scolaires ne nuit pas au métier de l'animation, ne l'entrave en aucune manière ; elle lui apporte le soutien qu'elle peut ou qu'elle veut, se met à son service dans la mesure de son possible.

Mais beaucoup n'ont pas entériné le fait que la Ville de Paris a souhaité officialiser une spécialisation "lecture" afin d'organiser et d'assurer le bon fonctionnement des B.C.D. en école élémentaire puis en maternelle, à compter de l'année 1990.

Non plus le fait que des formations initiales, continues, de perfectionnement dans des domaines variés et définis ont été mises en place.

Non plus qu'un recrutement relatif à certains critères — élaborés par des personnes compétentes, possédant une réelle expérience du métier, capables de développer une réflexion, même succincte, en matière de pédagogie, de politique des loisirs et d'éducation populaire — a dû s'instituer.

Bref, tous les éléments constitutifs de la création d'une fonction spécifique, susceptibles d'alimenter un dossier à charge.


Dans les faits, le quotidien des animateurs de B.C.D. s'apparente plus à une "mise au placard" (outils informatiques ou moyens techniques de reproduction d'écrits ou de publication longtemps indisponibles ou défaillants, absence de logiciels de gestion de bibliothèque, peu ou pas d'accès aux photocopies, restrictions de lignes budgétaires et complication des démarches pour obtenir des matériels ou des ouvrages spécifiques), et au refus clairement affiché de les considérer comme des interlocuteurs (de nombreux animateurs de B.C.D. ne sont toujours pas invités aux conseils d'écoles au vu et au su de tous ainsi que de leur hiérarchie).

 

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Sans parler des situations de harcèlements croisés (tant de la part de leur hiérarchie que des directeurs d'écoles, sous la forme d'abus de pouvoir, rétentions d'informations - même concernant leurs droits -, calomnies, diffamations, déplacements pour des démarches sur des temps non reconnus, sanctions disciplinaires déguisées).

N'oublions pas les discriminations dont ils sont l'objet :

- L'impossibilité de prendre son repas sur son temps de travail, contrairement aux autres animateurs surveillants.

- L'impossibilité d'obtenir un poste correspondant à ses compétences durant la période de Juillet et d'Août (ainsi que la suppression de la prime correspondante) et ce au détriment des enfants qui voient exclues de leurs loisirs les activités autour du livre et de la lecture, ainsi que l'accès aux B.C.D. accompagnés de personnes compétentes.

- Un temps de travail supplémentaire "hors présence-enfant" non rémunéré consistant en la gestion et l'organisation d'un fonds de livres et d'un Espace, la préparation d'ateliers, l'élaboration et la réalisation de projets et d'actions menés avec les moyens du bord et un investissement personnel en temps et en énergie qui provoque la bienveillance amusée de tous les intermédiaires hiérarchiques qui bénéficient de la RTT.

- Aucune rémunération en heures supplémentaires alors que des enveloppes existent pour chaque Circonscription.

- L'éxécution de tâches administratives dont les C.A.S. se déchargent (commandes de livres et de matériel fastidieuses, sans avoir été formé aux logiciels concernés - Excel ou Open-Office Calc - souvent sans en avoir été informé, ou bien tard, avec un contenu d'informations contradictoires, déménagements en catastrophe de Bibliothèques pour raison de travaux agrémentés de tâches de manutention, sans en avoir été informé au préalable).

- La mention "surveillant-lecture" que s'obstinent à faire figurer les CAS sur leurs feuilles de décision de postes.


A cela s'ajoute l'absence totale d'évolution de carrière pour un métier qui n'a de sens que dans la confrontation avec un public d'enfants, et l'absence d'accès à une fonction de formateur reconnue et ceci bien qu'ayant suivi une session de "Formation de formateur" chaudement conseillée par la Direction des Affaires scolaires.

Cependant, et comme pour illustrer leur sens du devoir, leur dévotion à un service public et leur désintéressement, ces animateurs, confrontés à l'élaboration de projets et à leur suivi, ont dû mener des réflexions sur les démarches et les moyens de leurs actions en se consacrant à l'étude et à des recherches de différentes natures, recherches qui concernent plus ou moins directement les pratiques d'animation en général. Ils ont dû défendre certains projets, et argumenter souvent dans un contexte ingrat, voire hostile, face au mépris, avec un courage qui force l'admiration. Ils sont devenus militants et ils construisent, jour après jour, la théorie d'un métier, ce qu'ils sont les seuls à pouvoir faire.

Ils savent travailler en équipe, se positionner en tant qu'intervenants dans une spécialité, et être formateurs (autrement qu'à la façon de conférenciers brillants à aveugler leur auditoire, mais parce qu'ils savent employer des méthodes interactives).

La fonction correspondante à leur métier relève de la catégorie C (tâches de simple éxécution) ; la logique voudrait dans ce cas que les animateurs se contentent de reproduire un panel de formules préparées par d'éminents spécialistes de catégorie A qui élaboreraient à leur intention des fiches d'activités, des recettes applicables à des contextes et des moments choisis. Ce n'est pas le cas, bien que l'idée ait pu illuminer la cervelle de quelques fonctionnaires...

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Les initiatives de certaines CAS en matière de pédagogie nous en imposent : le cloisonnement par âges de différents Centre de loisirs ou ACM. Alors que toutes les recherches et expériences pédagogiques sérieuses convergent pour démontrer que le développement de l'enfant est favorisé par l'échange des compétences et des services, le décloisonnement des âges et l'interaction, qui par ailleurs diminuent les conduites agressives et rivales en substituant l'esprit d'entraide et de solidarité à celui de compétition (nous reviendrons dans un autre article sur l'effet néfaste du sport médiatisé et sur l'amoncellement de stéréotypes concernant les bienfaits de l'esprit de compétition dans ce domaine). C'est ainsi que le Centre Paris-lecture, à l'initiative de Robert Caron avait défendu le principe de constituer des groupes d'âges hétérogènes dans les ateliers-lecture.

 

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Ce bilan, dressé en toute objectivité et indulgence, n'est pas exhaustif mais il est le fait d'une profession marginalisée par l'institution et qui porte le fardeau de sa vocation, puisque, comme il nous a été maintes fois reproché par de nombreux tâcherons : nous avons la chance de faire ce que nous aimons ! Le mérite national se mesurerait à l'aune du dégoût inspiré par son travail et à la faculté de porter sa croix sans conviction !

La motivation trouverait sa place dans le bénévolat et les loisirs. Le travail retrouve donc son sens étymologique (tripalium) de supplice récompensé...

Nous pouvons d'ores et déjà tirer certaines conclusions concernant le métier de l'animation, notre expérience et nos compétences nous y autorisent, et en instruire notre hiérarchie pour servir à son édification :

L'animation, dans le rapport qu'elle institue avec l'enfant et le jeune, s'arrête là où commence la surveillance, le contrôle et le formatage des individus, ainsi que l'encouragement ou l'accompagnement à la consommation pure et simple de produits, même culturels.

Animer c'est faire vivre un espace et un temps où des personnes vont circuler, y faire intervenir des spécialistes ou bien intervenir en tant que spécialiste pour communiquer un savoir-faire (technique, artisanal ou artistique) et mettre des outils à la disposition du public concerné. C'est aussi former des adultes, surtout s'ils sont amenés à prendre des responsabilités d'encadrement.


J-R.

 

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