11 mai 2012
Le Salon du Livre Libertaire
Peut-être que nos lecteurs seront intéressés d'aller faire un tour au Salon du Livre Libertaire qui se tient à l'Espace des Blancs Manteaux (48, rue Vieille du temple, Paris IVe ardt). Cela commence aujourd'hui vendredi 11 mai (première journée de 14h à 21h), et se poursuit samedi 12 de 10h à 20h, puis dimanche 13 de 10h à 16h. Le programme est à consulter sur ce lien. On y retrouvera 104 éditeurs de toutes tailles. Radio-Libertaire (89,4 Mhz) a invité ses collègues de Paris et de province à animer trois jours d'émissions en direct. Il y aura des débats, des expositions, des lectures, des signatures, des animations. La Suisse est pays invité.
La devise du Salon devrait concerner tous les animateurs de BCD et Espaces Premier Livre: "Lire, c'est réfléchir, c'est prendre du plaisir. Et ça... C'est déjà désobéir".
09:08 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : salon du livre libertaire, espace des blancs manteaux, désobéissance, anarchisme, plaisir
14 mars 2012
A la B.C.D. ce n'est pas les vacances c'est La Vacance...
Vacance : Nom féminin ; situation d'une place, d'une charge, d'un poste momentanément dépourvu de titulaire. - Vacance du pouvoir : temps pendant lequel une autorité, publique ou privée, ne s'exerce plus.
Vacant, e : Adjectif (latin. Vacans, qui est vide). Non occupé, vide.
Vaquer : Verbe intransitif (latin. Vacare, être vide). Cesser pour un temps ses fonctions. → Verbe transitif indirect (à). S'appliquer à, s'occuper de.
Lorsque l'enfant vient à la B.C.D (Bibliothèque Centre de Documentation) ou à l'E.P.L (Espace Premiers Livres maternel), il se trouve précisément en état de "vacance", c'est-à-dire que sa charge d'élève est vacante.
Il s'applique à ce qui le concerne en tant que personne, et il s'occupe de ces affaires qui sont les siennes et qui sont les nôtres...
Jean-Raphaël Prieto.
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02 mars 2012
Le garçon qui a mordu Picasso

Ah, ça, me suis-je dit tout de suite, ça, c'est un bon titre, un très bon titre, surtout qu'immédiatement après j'ai vu le nom de l'auteur au bas de la couverture jaune, illustrée d'un dessin d'enfant, Anthony Penrose, oui... Le fils de Roland Penrose et de Lee Miller qui étaient de vrais amis de Picasso, le grand Picasso. C'est une très bonne idée d'éditeur, je trouve de demander à quelqu'un qui a été enfant auprès d'un personnage aussi mythique que Picasso de nous raconter comment il voyait ce dernier, pourvu que ce quelqu'un, parvenu à l'âge adulte, soit encore capable de se remémorer sa vision enfantine d'autrefois...
L'album dont je vous parle commence sur le ton espéré: "Quand j'étais petit, je vivais dans une ferme, dans le Sussex, en Angleterre, et j'avais un ami vraiment extraordinaire. Il avait de grands yeux noirs, un large sourire et des mains ahurissantes. J'étais totalement fasciné par ses mains...." Ou bien, un peu plus loin: "Je ne savais parler aucune des langues que parlait Picasso – le français et l'espagnol –, mais ça n'avait aucune espèce d'importance. Nous n'avions pas besoin de ça pour nous amuser. Jouer avec Picasso, c'était quelque chose! Il mettait la pièce sens dessus dessous et adorait mimer des corridas. Sa veste en tweed piquait un peu, mais quelle élégance. En plus, il sentait bon. il sentait l'eau de Cologne et le tabac français." Là, on est dans ce que pourrait penser un enfant, une pensée reconstituée par l'adulte, mais sonnant juste, "enfant". Hélas, dans cet album, cela ne dure pas. Très vite, le didactique, le besoin d'initier le lecteur-enfant à la grandeur de l'artiste dont on veut lui inculquer l'existence, et lui faire rentrer dans le crâne à quel point il faut le vénérer, revient au galop. Des mots sont alors imprimés en gras et en corps plus gros, comme si on dérapait dans une leçon de vocabulaire. Le texte se met à décrire ce qu'il faut retenir de l'art de Picasso en se mettant à onduler tel un calligramme. On est en train de subir une leçon qui a toutes les chances de faire décrocher le lecteur enfantin. Et puis, on perd progressivement tout le sel de l'idée de départ.
Pourtant j'y reviens, cette idée initiale, faire raconter à un ancien enfant ses souvenirs avec ses pensées d'alors, liées à son âge, alors qu'il fréquentait une de nos grandes gloires bien embaumée dans le jus de l'Histoire, par la désacralisation que cela opère, le décentrement et le recentrement consécutif en direction de la vérité vivante d'un portrait d'homme, proche de tout un chacun, non séparé de la foule des gens ordinaires, cette idée est une excellente idée, qui méritait mieux en l'occurrence...
Bruno Montpied

08:18 Publié dans Cinéma et lecture | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : picasso, anthony penrose, le garçon qui a mordu picasso, thames and hudson, désacralisation, décentrement, vision d'enfant, didactisme
09 février 2012
Les responsables d'Espace-Lecture ont reçu une formation...
Les responsables d’Espace-Lecture ont reçu une formation délivrée, dans le cadre du Plan Paris Lecture, par le Centre Paris Corvisart, dont on peut rappeler les axes fondamentaux : Découverte de la littérature pour la jeunesse, ateliers qui font du livre un outil de questionnements et de réponses, ateliers d’écriture, lecture d’une exposition, discussions et débats sur des faits de société, affichage et circulation des écrits produits…
Ces axes représentent un socle évident de compétences qui révèlent que les missions des responsables d’Espace-Lecture ne sont pas à classer dans de simples tâches d’exécution comme le soutient la Ville de Paris. Nous élaborons chaque année un projet autour des livres, qui intègre une réflexion pédagogique, une déclinaison des ressources et des moyens, des actions qui sont mis en œuvre pour mener à bien ce projet initial.
Ainsi, nos missions sont des missions de coordination et de mises en œuvre d’animation autour du livre nécessitant des compétences qui dépassent la simple spécialité ou «fonction» ou «compétence reconnue».
J’ai participé, en tant que représentant du personnel, à un groupe de travail organisé par la Direction des Affaires scolaires dont nous dépendons. Le groupe de travail se réunissait une fois par mois d’octobre 2010 à mai 2011.
Les échanges ont été menés «à partir du règlement de services des BCD/EPL¹ de 2004 selon des axes de réflexions, pédagogique et organisationnel».
Ce nouveau règlement a le souci, nous dit-on, d’une valorisation de l’animation lecture-écriture. Ainsi, je cite : «la place de l’Espace-Lecture et le projet de l’animateur au sein de l’école et du centre de loisirs sont réaffirmés. Le projet doit tenir compte du projet d’école et du projet pédagogique du centre de loisirs. Il doit s’articuler en tenant compte des temps péri et extra scolaires d’autant plus que les espaces lecture fonctionneront les mercredis et pendant les petites vacances scolaires».
Dans la réalité, ces échanges ne furent qu’une simple refonte du précédent règlement qui prend en compte certaines évolutions mineures dont la répartition « du temps de préparation et d’élaboration des projets » dans lequel s’inscrivent d’autres tâches inhérentes à notre métier.
Tout au long de ces échanges, nous n’avons eu de cesse de sensibiliser notre administration sur la confusion entretenue entre d’une part ce temps de préparation et d’élaboration des projets et d’autre part le temps de travail additionnel durant l’année pour la préparation quotidienne et le suivi des ateliers qui s’accomplissent hors présence enfants et garantissent un déroulement harmonieux des ateliers. Ce temps de travail additionnel, revendiqué de longue date par notre syndicat, n’a jamais été reconnu par notre administration. Nous insistons sur l’évidence de cette différentiation et de sa nécessité, ne serait-ce que pour la valorisation des écrits des enfants, démarche pédagogique incontournable à l’incitation à la lecture et à l’écriture et impliquant une confrontation progressive à des registres de lecture plus élaborés. La Ville de Paris a-t-elle réellement la volonté d’aider les enfants à devenir de vrais lecteurs et évalue-t-elle les moyens à mettre en œuvre, qu’implique l’importance d’un tel dispositif ?
Ne pas reconnaître ce temps de travail additionnel, c’est implicitement dévaloriser le métier de responsable d’Espace-Lecture, ne lui accordant qu’une prédominance fantôme au sein de l’école et centre de loisirs.
Nous ne pouvons que nous interroger sur la représentation que notre administration se fait du métier ou de «la fonction» comme nous l’entendons trop souvent. D’autant plus que notre administration ne souscrit jamais aux diverses propositions suggérées, dans un souci de cohérence et, par là même d’efficacité, par M. Robert CARON, directeur du Centre Paris Corvisart.
Je ne vois, là, que l’expression du cynisme, de plus en plus apparent, de notre administration et je considère cela comme une insulte à notre métier qu’elle s’ingénie toujours à ne pas comprendre (ou fait semblant de ne pas comprendre). Où donc se place «le souci de cohérence, de clarification et de partage des objectifs» si chers à la Direction des Affaires scolaires (Dasco).
Comment pourrait fonctionner le réseau lecture que les responsables de la Dasco veulent dynamiser si n’existe pas la volonté politique de se pourvoir «en moyens humains et budgétaires» nécessaires à son fonctionnement pour un réussite manifeste : combattre l’échec scolaire.
Mme Hélène MATHIEU, directrice actuelle de la Dasco, a soutenu dans le passé, avec raison, qu’un projet éducatif d’incitation à la lecture, projet de grande envergure, est par nature « une mission partagée que l’école ne peut mener à bien seule ». Une évaluation de ce programme d’incitation à la lecture déduit clairement cinq conditions de réussite : le soutien de l’Etat et des collectivités, l’implication de l’encadrement, des animateurs déjà lecteurs eux-mêmes, des intervenants compétents qui assurent la formation sur place des animateurs, un lien avec les bibliothèques municipales ou départementales de prêt.
Ces cinq conditions me paraissent, dans une large mesure, superbement ignorées par notre administration parisienne.
Au terme de ces échanges, le principal oublié, le parent pauvre, fut bien le responsable d’Espace Lecture, à qui l’administration oppose un refus obstiné de reconnaître la véritable nature de ses missions : renforcer l’envie et le goût de lire chez l’enfant, développer sa capacité à communiquer par oral et par écrit, lui permettre de structurer et de confronter sa pensée, améliorer ses stratégies de lecture, l’aider à construire ses savoirs, valoriser ses compétences de lecture en augmentant sa curiosité, ses questionnements, en lui permettant d’être acteur de ses lectures en interrogeant les livres,… plus brièvement faire de l’enfant un lecteur. Je développerai plus avant la nature des missions du responsable d’Espace lecture dans un prochain texte. Mais s’intéresse-t-on encore à la Direction des Affaires Scolaires à ce que signifie forger un lecteur ?
Conscients des enjeux de la lecture, de l’écriture, de la nature des missions du responsable d’Espace Lecture et du temps de travail que cela implique, pour mener à bien les objectifs initiaux du Plan Paris Lecture, nous estimons légitime une évolution statutaire que notre administration refuse de prendre en compte malgré la nature de ses missions auprès des enfants : la maîtrise du langage et de l’écrit avec l’outil que représentent la littérature pour la jeunesse et ce depuis la création du Plan Paris Lecture. Cela s’apparente à une véritable confiscation de carrière.
L’absence de volonté politique à pérenniser et à renforcer ce dispositif me fait douter de l’authenticité, voire de la sincérité, des objectifs affichés par la Ville – la lutte contre l’échec scolaire et la formation de bons lecteurs. Dans un temps où le nivellement par le bas de l’éducation et de la culture ne cesse de se propager, le dispositif parisien ne tend-il pas à se résumer à une simple parodie?
Didier BONFILS
¹BCD : Bibliothèques Centre de Documentation (écoles élémentaires), EPL : Espace Premier Livre (écoles maternelles).
01:05 Publié dans Mémoire de l'animation-lecture, Revendications, Sens de l'animation-lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : centre paris-lecture, espaces-lecture, littérature pour la jeunesse, dasco, temps de travail, métier d'animateur-lecture, robert caron, échec scolaire, hélène mathieu, incitation à la lecture, espace-lecture, lecteurs, parodie, didier bonfils, bcd
03 février 2012
La catégorie B pour les animateurs-lecture!
Voici la déclaration faite par le Syndicat CGT des Animateurs lors du Comité Technique Paritaire du 6 juin 2011 :
"Madame la Présidente,
Notre organisation syndicale, la CGT des Animateurs a participé par le biais de ses représentants au groupe de travail relatif aux BCD/EPL dont les séances ont été menées à partir du règlement de service de 2004.
Il s’agissait de prendre en compte :
« Les évolutions de la règlementation et les ajustements dans l’organisation des BCD/EPL qui s’étaient progressivement installés depuis 2004 »
« Les améliorations pour dynamiser le réseau lecture »
« La valorisation de l’animation lecture »
« La répartition du temps de préparation et d’élaboration des projets sur la première quinzaine du mois de septembre et la deuxième quinzaine du mois de juin »
A l’issue de ce groupe de travail, nous sommes sortis très insatisfaits. Tout au long des huit séances, nous n’avons eu de cesse de sensibiliser notre administration sur la confusion, due certainement à une profonde méconnaissance du métier de responsable d’espace lecture, entre le temps de préparation et d’élaboration des projets, reconnu par l’administration, et le temps de travail additionnel, celui-ci non reconnu, qu’impliquent ses missions pour le suivi des ateliers lecture et la valorisation des écrits des enfants qui s’accomplit hors présence enfants, durant l’année.
Nous pensions que « la valorisation de l’animation lecture » allait de pair avec une réflexion sur les missions propres aux responsables d’espace lecture et sur le travail qu’elles engendraient. Nous pensions que cette valorisation ne se réduirait pas uniquement à l’ouverture anticipée des espaces lecture pour satisfaire des visées électoralistes ou pour pallier à un déficit d’animateurs au mois de septembre. Nous pensions que l’institution se pencherait sur l’existence de ce temps de travail additionnel, reflet des missions du responsable d’espace lecture.
Ce groupe de travail n’a donc pas répondu à nos attentes. Nous demandons rapidement la constitution d’un autre groupe de travail spécifique qui porterait sa réflexion non seulement sur ce temps de travail additionnel mais sur une clarification et une définition précise de nos missions auprès des enfants.
Ce n’est pas tant ce temps de travail additionnel que la nature de nos missions qui devra être abordée durant ce groupe de travail.
Autrement dit, notre syndicat ne considère pas la qualification de « responsable d’espace lecture » comme une simple fonction mais comme un véritable métier d’animation autour du livre. Ainsi, en cela il correspond pour nous à une véritable évolution statutaire.
A ce titre, nous pourrions entrevoir ce que nous entendons de part et d’autre quant à la « valorisation de l’animation lecture ».
De plus, il y a cette nouvelle notion d’animateur dit « relais ». Qu’en est-il véritablement ? Y a-t-il une fiche de poste précise ? Nous vous demandons ceci dans deux intentions, celles d’éviter de créer de futures confusions entre deux types de postes et d’engendrer des climats malsains sur le terrain.
Si ce groupe de travail est mis en place, nous voulons, au préalable, être assurés que de votre part il y aura des engagements pris quant aux moyens humains et budgétaires. Dans le cas contraire ce groupe de travail n’aura aucune raison d’être sinon se donner l’alibi d’une concertation fantôme entre partenaires sociaux."
(3 juin 2011)
10:51 Publié dans Revendications | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ctp, animation-lecture, métier de l'animation, syndicat cgt-animateurs
02 février 2012
Nous exerçons au sein de la Fonction Publique Territoriale...
Nous exerçons au sein de la Fonction Publique Parisienne, elle-même, rattachée à la Fonction Publique Territoriale qui régit les cadres d’emplois des animateurs.
La Fonction Publique Territoriale organise ses différents emplois à l’intérieur de huit filières dont celle de l’animation.
Chaque filière répertorie les différents niveaux de responsabilité et de qualification de ses emplois à l’intérieur de catégories hiérarchiques et de cadres d’emplois. Il existe trois catégories hiérarchiques :
La catégorie A pour les emplois chargés de travaux de conception et d’encadrement.
La catégorie B pour les emplois chargés de travaux d’application, de maîtrise et d’encadrement intermédiaire.
La catégorie C pour les emplois chargés de travaux d’exécution.
Actuellement, en ce qui concerne la filière d’animation, il n’existe que deux catégories, B et C, avec des grades différents. Il y a des négociations en cours au sein du Conseil Supérieur de la Fonction Publique pour la reconnaissance et la validation de la catégorie A.
A la catégorie C correspond l’emploi d’adjoint à l’animation avec les grades suivants : Adjoint à l’animation 2ème classe, Adjoint à l’animation 1ère classe, Adjoint à l’animation principal 2ème classe, Adjoint à l’animation principal 1ère classe.
A la catégorie B correspond l’emploi d’animateur territorial avec les grades suivants : Animateur, Animateur principal, Animateur chef.
Les adjoints à l’animation mettent en œuvre des activités nécessitant une «compétence reconnue».
Les animateurs territoriaux coordonnent et mettent en œuvre des activités d’animation. Ils peuvent encadrer des adjoints d’animation territoriaux, être responsables de centres de loisirs ou animateurs de centres de loisirs.
C’est sur les textes de la Fonction Publique Territoriale que nous fondons nos revendications. Nous voulons une plus grande concordance avec elle, principalement pour la création de la catégorie B de terrain.
Le cadre d’emploi d’animateur de catégorie B n’existe pas à la Ville pour ceux qui désirent demeurer sur le terrain avec les enfants.
Nous avons un déroulement de carrière, pour la plupart, uniquement dans le cadre d’emploi d’adjoint d’animation.
Nous n’avons aucune évolution de carrière. Notre parcours professionnel ne peut évoluer car nous sommes privés de cadre d’emploi supérieur.
La Fonction Publique Parisienne équivaut à une filière d’animation au rabais.
Syndicat CGT-Animateurs

10:05 Publié dans Revendications | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : filières, fonction publique territoriale, fonction publique parisienne, catégorie b, catégorie a, catégorie c, filière d'animation, adjoint d'animation, conseil supérieur de la fonction publique, animation au rabais
30 janvier 2012
A quoi bon la lecture?
Pourquoi lire, pourquoi des livres...? C'est utile d'y repenser quelquefois, histoire de revisiter les certitudes, histoire de voir si par hasard on ne se serait pas fourré le doigt dans l'oeil en suivant le mouvement général des valeurs établies.
Il m'arrive de dire aux enfants par exemple, tu ne trouves pas tes mots? Eh bien si tu plongeais ton nez régulièrement dans des phrases imprimées (peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse...), tu les verrais les mots, tu les apprivoiserais, tu t'en ferais des amis, tu te mettrais à les fréquenter, ils te coloniseraient insidieusement, ils entreraient en toi et se proposeraient sur ta langue au moment voulu. Plus besoin de chercher alors tes mots, ils seraient là, prêts à tout.
Ce qui est dur, c'est le premier pas, comme dans tant d'autres occasions. C'est pourquoi l'animateur, le tonton de l'école, le cousin inconnu, a un rôle important à jouer en faisant la lecture à haute voix en compagnie des mouflets, et si possible en lisant frontalement sur la même banquette côte à côte le livre. Petit jeu à proposer à cette occasion: le lecteur à voix haute changera certains mots de temps à autre, avec mission aux enfants qui accompagnent la lecture de repérer les mots remplacés. C'est un jeu simple, mais ils adorent ça. Revers de la médaille, la lecture avec sens peut en pâtir à cause de l'excitation que cela engendre...
Lire donne du vocabulaire, en bref.
Parfois ce vocabulaire absorbé (mangé, pour faire référence à une note précédente, voir la citation de Walter Benjamin) ne revient pas tout de suite sur le bout de nos langues. Les mots reviennent parfois du fond de notre mémoire avec un délai incroyablement long. Suscités par on ne sait quel stimulus. Il est des mots qui ne s'emploient qu'une seule et unique fois, faisant un séjour exceptionnel sous nos doigts ou dans notre bouche. Je me souviens d'une arrivée dans un refuge en montagne alors que j'avais auparavant marché longtemps dans le brouillard et le froid de la haute altitude, dans une solitude sauvage, et de mon entrée sans transition dans une salle encombrée d'autres montagnards, installés là depuis bien plus longtemps. Eberlué, abruti de fatigue, cherchant à déposer mon imperméable à quelque porte-manteau, et le cherchant des yeux sans parvenir à le trouver, j'avais brusquement, et bizarrement, formulé ma question ainsi: "Où est la patère, s'il vous plaît?".
Ce terme, en l'occurrence d'une pédanterie parfaitement incongrue, fut accueilli par un déchaînement d'hilarité de la part des convives. Je n'employais jamais un pareil mot usuellement. Pourquoi cette patère était-elle venue ce soir-là, dans ce lieu impossible pour lui? Peut-être par une malice qui ne voulait pas dire son nom. Pour que ce mot ait le droit de se signaler à tous sans doute, autrement qu'à la place réservée par l'usage et les conventions.
Cette même malice que j'emploie souvent en utilisant avec les enfants des mots inconnus d'eux, exprès, pour qu'ils posent des questions, pour qu'ils réagissent, pour qu'ils les découvrent enfin, au moins une fois. (Et souvent, malheureusement, il y a toujours un autre animateur pour se récrier –et casser ainsi ce que j'essaye d'amener– "mais enfin", dit-il invariablement, "les enfants ne connaissent pas ces mots" ; ils n'ajoutent cependant pas qu'eux aussi les ignorent, ce qui indiquerait en creux que c'est peut-être avant tout pour cela qu'ils se scandalisent).
Si on ne sort plus ces mots des housses où la paresse, le manque de curiosité, le poids des habitudes surtout les a confinés, ils dépérissent, ça devient des vieux mots. Des mots obsolètes, comme disent les lexicologues, sortant cet "obsolète" de leur chapeau de magiciens spécialisés en mots caducs. Il y a eu, il n'y a pas si longtemps, un dico des mots obsolètes, ou précieux, qui fut publié chez 10/18.
J'ai sauté dessus quand je l'ai trouvé en librairie. Une mine (parmi d'autres). Histoire de jouer au jeu du dictionnaire (vous connaissez?... Allez, on en reparle une autre fois, cette note, écrite au fil de la plume, commence à être un peu trop longue pour un blog). Et histoire aussi de lâcher dans les rues au hasard des situations et des conversations ces mots oubliés, pourtant bien utiles pour mettre un mot sur un non-dit, sur un non exprimable, sur un truc impossible qui fait qu'au bout du compte on finit par ne plus communiquer.
Bruno Montpied
15:47 Publié dans A bâtons rompus, Expériences, Pourquoi lire?, Sens de l'animation-lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pourquoi lire?, jeu du dictionnaire, patère, lexiques, vocabulaire, lecture à haute voix, animateurs-lecture, walter benjamin
21 janvier 2012
Alphabet, si tu n'étais pas là...
La vidéo ci-dessous est empruntée à l'excellent blog de Laurent Jacquy Les Beaux Dimanches. Il s'agit d'une petite animation alphabétique d'Alessandro Novelli illustrée par une chanson de l'immortelle Fréhel Si tu n'étais pas là... Ça devrait intéresser les moutards et les moins moutards.
The Alphabet from n9ve on Vimeo.
Et puis j'ajoute une seconde animation non signée cette fois, dénichée sur YouTube par le même Jacquy et mise en ligne sur son blog le 17 janvier. Cette fois c'est le Blu Tack qui est mis à contribution. En allant sur le blog Les Beaux dimanches, on pourra également découvrir d'autres alphabets faits en cure-dents, en éléments de vélo, en vêtements, de quoi animer les longs mercredis pluvieux des centres de loisirs, et en réanimant ainsi des signes qui ne parlent pas plus que ça à nos chers enfants, a priori.
Pour continuer sur ce thème, m'est-il permis d'exhiber deux abécédaires dessinés par mézigue à plusieurs années d'intervalle (presque trente ans, presque à chaque extrémité de ma vénérable carrière) ? Histoire de donner envie à d'autres animateurs de faire de même ou de le proposer à leurs ouailles.

Bruno Montpied, Car idée béa, (on reconnaîtra ici une anagramme quelque peu ésotérique), 32x24 cm, stylo et lettres de transfert, 1984

BM, Abbés cédèrent, 25x25 cm environ, crayons de couleur, 2012
08 janvier 2012
Quand elle ne se consacre pas aux enfants, Flo Jallier...
Flo Jallier est Epééliste [Animatrice d’Espace Premier Livre. NDR] dans le 12e arrondissement. Quand elle ne se consacre pas aux enfants, elle écrit et vient de publier son deuxième roman Les déchaînés aux Editions Sarbacane. Son premier s’intitule Les filles ne mentent jamais.
Les filles ne mentent jamais
de Flo Jallier
Extrait : "Mais t’inquiète, j’ai de la ressource, mon frère. Je viens d’une cité où, partout jusque dans les endroits les plus obscurs, tout se crée et se recrée... à l’infini."
Banlieue-en-France, des années 70 à nos jours.
Elles sont quatre "moineaux de téci" : Fatou, Nadia, Marie-Jo et Katérina. Quatre filles racontant tour à tour leur histoire commune, des bancs de l’école à l’âge adulte. C’est la petite Marie-Jo qui espère que les mots peuvent guérir, "comme l’alcool à 90°". C’est la révolte adolescente de Nadia l’insoumise. C’est Fatou devenue maman, qui reprend une parole qu’on lui avait volée... C’est l’exclusion de Katérina l’Ukrainienne.
Quatre portraits vivants, quatre voix qui s’écri(v)ent, dessinant des existences colorées, chahutées, lumineuses.
Les déchaînés
de Flo Jallier
Extrait : "Si j'ai tenu à te transmettre tout de même les dernières traces de ce passé dont je t'invite par ailleurs à te défaire, c'est précisément pour que tu saches qu'en dépit des circonstances tragiques qui entourent notre lignée, tu es l'émanation d'un amour né il y a plus d'un siècle. Un amour immense, palpitant, solaire. »
En 1872 à la Martinique, Amélia, fille d'esclave, rêve qu'elle peut être libre d'aimer. En 2010 à Paris, Marie-Jo ne rêve plus depuis longtemps. Pourtant, ce matin, elle croit en tout: en la vie, en l'amour, et la vie croît en elle. De 1872 à 2010, quatre générations d'héroïnes qui portent en elles la même soif de liberté et les mêmes désirs.
21:58 Publié dans Les talents des animateurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : flo jallier, romans pour la jeunesse, sarbacane, les déchaînés, les filles ne mentent jamais, esclaves, martinique, féminisme
20 décembre 2011
Dans la série les librairies pour s'y enfouir

Librairie Un Regard Moderne..., VIe ardt, Paris, ph. Bruno Montpied

...Pour s'y enfouir, ph.BM, 2011
23:01 Publié dans Librairies à conseiller | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : un regard moderne, librairies insolites
15 décembre 2011
Complétons les mystères de Harris Burdick
Les mystères de Harris Burdick, de Chris Van Allsburg, tous les bécédistes connaissent, l'ouvrage fait partie du fonds BCD il me semble, personnellement je l'ai acquis il y a fort longtemps (c'est même le premier sur la liste de mon inventaire), je ne sais plus trop comment (il faudrait raconter d'ailleurs comment, alors que les animateurs de BCD ou d'EPL n'ont aucun budget pour acheter les livres qui viennent dans les bibliothèques qu'ils sont censés pourtant animer, les livres arrivent tout de même, en dehors du fonds, augmenté chichement on l'a déjà dit de quelques rares unités chaque mois de septembre). Ce livre est constitué d'esquisses en une phrase d'histoires à jamais inachevées, flanquées d'illustrations invitant pourtant à compléter ces débuts d'histoires.
Le livre paraît fait pour stimuler l'imagination de ses petits (et grands) lecteurs. Des écoles en proposent des interprétations du reste sur internet (par exemple celles-ci, cliquez sur le lien, j'en ai lu deux, particulièrement sinistres, mais l'on sait à quel point les enfants adorent écrire –et lire– des histoires lugubres). Je le propose de temps à autre aux uns et aux autres qui fréquentent ma bibliothèque quand ils n'ont pas trop peur d'essayer d'écrire (les autres font invariablement une moue dégoûtée: Nous? Écrire? Ça va pas la tête?). Lançons à l'échelle de ce blog encore un peu trop confidentiel (aurons-nous des échos en retour ? Qui ne tente rien, n'a rien...) une sorte de concours d'émulation à qui proposera des compléments plus ravissants les uns que les autres aux débuts d'histoires de Van Allsburg. Voici donc pour la deuxième des illustrations du livre (SOUS LA MOQUETTE), l'homme au front dégarni brandissant une chaise, la proposition de texte d'une petite fille de notre connaissance. La première phrase en italiques est le "sous-titre" de l'histoire, placé dans le livre en regard de l'illustration. Ce sous-titre fonctionne comme un incipit en réalité, une première phrase chargée de mettre l'imagination en branle.
SOUS LA MOQUETTE
Deux semaines passèrent, et cela recommença.
Quelque chose se déplaçait sous la moquette !
Harris en avait marre que la « chose » renverse les meubles. Un soir, son exaspération fut à son comble. Il prit une chaise et tapa sur la « chose ». Celle-ci fut tuée net.
Harris, très étonné, vit cependant une tête de mort, sortant de dessous la moquette, et qui recherchait son corps. Il s’écria : « Mais qu’est-ce que c’est que ça ? ». Puis il se tut et s’évanouit, s’écroulant par terre.
La tête de mort se mit à parler : « Bon, ce n’est pas grave ».
Deux semaines passèrent, et cela recommença.
(Interprétation de Violette, aidée pour le vocabulaire et l'orthographe par un adulte, novembre 2011)
(B.Montpied)
10 décembre 2011
Réponse de Robert Doisneau
Réponse de Robert Doisneau au questionnaire de Marcel Proust: "Quels sont vos héros dans la vie réelle? -Les syndicalistes anonymes."
(Lu par un membre du Comité de Rédaction)
20:38 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : robert doisneau, marcel proust, syndicalistes, héros
Prix Chronos
Pour ceux qui ne le savent pas, le prix Chronos propose à ses participants d’élire un ouvrage parmi 4 ou 5 autres sur le thème de la vieillesse, de la mort, ou du «parcours de vie».
Il s’adresse à tout enfant par l’intermédiaire de sa BCD, sa bibliothèque ou sa classe.
Depuis que je suis bécédiste, je participe à ce prix.
D’abord, il me permet d’augmenter mon fonds BCD de 5 ouvrages. Quelques livres en plus, ce n’est pas négligeable, vu que le nombre de nos acquisitions annuelles diminue tristement d’année en année!¹
On peut s’interroger sur le contenu ou le thème proposé et le fait d’avoir dans sa BCD un certain nombre d’ouvrage traitant de ces sujets. N’est ce pas morbide? Cette sur-représentation d’ouvrages parlant de la mort n’est-elle pas inadéquate, inappropriée dans une BCD?

Page extraite de Claire Faÿ, Cahier de taches, éd. Paris-Musées, (2005)
Pourtant un jour je me retrouvais face à un petit bonhomme de 8 ans (CE1), très malheureux. Il venait de perdre sa grand-mère ; fait qui lui était inadmissible, intolérable, incompréhensible... Il ne voulait plus entrer en classe et c’est là que je l’invitai à me suivre en BCD et lui présentais tous mes livres du prix Chronos. Comme il en existait beaucoup! Ainsi donc, on parlait de cette chose... Rassurant... Ces livres évoquaient ce sur quoi on ne mettait aucun mot chez lui. Ils montraient que cette question de la mort et de son incompréhension, il n’était pas le seul à se la poser et que chacun la «travaillait» à sa manière même si il n’y avait pas de réponse...
Il y a cette anecdote mais le prix Chronos me parait aussi être intéressant pour ses «à-côtés»:
- Le vote mis en scène peut être l’occasion de parler du vote en général, dans une démocratie, du moins de son aspect technique (!).
- Il est aussi intéressant parce qu’il initie et nourrit des échanges sur des thèmes «philosophiques», sur des grandes questions existentielles. Et ce même si la BCD reste un lieu privilégié où l’on peut parler de tout (?).
Frédérique
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1. A signaler toutefois que par suite d'un reliquat de budget cette année, la ville a pu livrer très récemment (c'est en cours de livraison), en sus de l'additif à vrai dire assez maigre du mois de septembre, un second contingent de livres supplémentaires, avec plusieurs bons titres (nous y reviendrons peut-être ici même). (Bruno M.)
Illustrations: La première est un porte-serviettes de la fin du XVIIIe siècle, du Tiroler Volkskunstmuseum d'Innsbrück en Autriche. La troisième représente un jeune homme américain en costume ancien d'Halloween, mis en ligne sur le site Anonymous Works.
00:38 Publié dans Expériences, Pourquoi lire?, Sens de l'animation-lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : prix chronos, mort, métaphysique, vieillesse, fin de vie, disparition des parents, démocratie, philosophie
05 décembre 2011
Salon de la cacophonie
Je suis allé vendredi après-midi au Salon du Livre de Montreuil et j'y suis retourné lundi après-midi également. Changement du tout au tout entre les deux jours. Vendredi, c'était envahi d'enfants venus avec leurs classes et ce lundi, c'était journée professionnelle avec des adultes en grosse majorité. Et c'était en dépit de l'affluence infiniment préférable au vendredi!
Ce jour-là, je ne cessai de me répéter que la littérature jeunesse serait bien agréable s'il n'y avait pas les enfants justement... Quel bruit, quel désordre, quelle hystérie (et quelle chaleur aussi) régnaient ce jour strié de hordes enfantines et adolescentes (surtout adolescentes en fait) venues avec leurs professeurs faire acte de présence au Salon pour déculpabiliser tout le monde, institutions, enseignants, parents! Ça courait, ça gesticulait, ça passait dans un sens, ça passait dans un autre, tout le monde donnant l'impression de faire semblant de s'affairer comme des nuées de ronds-de-cuir dans ces bureaux courtelinesques où l'on dissimule comme on peut le néant de ses véritables occupations.
Image trouvée sur le blog Le Procrastinateur ; on y cause d'un jeu sur internet qui consiste à survivre dans un monde hostile peuplé de zombies...
Entendons-nous. Moi aussi je suis de ceux qui voudraient faire connaître aux enfants tout ce qu'il peut y avoir de formidable augmentation spirituelle dans le fait de lire certaines productions livresques faites à leur usage (en éliminant impitoyablement les niaiseries nombreuses qu'on cherche toujours à leur caser). Mais faut-il que ce soit au prix de ces expéditions obligées dans cette immense librairie du Salon de Montreuil, où l'on sent bien que ces groupes n'ont rien à faire, certains jouant à cache-cache avec leurs profs, profitant de l'occasion pour laisser tomber les cours barbants, tandis que ceux qui seraient intéressés ne peuvent de toute façon pas mettre vraiment le nez en profondeur dans les livres qui les attendent pourtant, tendant des petits bras désespérés (façon de parler!) depuis les éventaires pullulant de paperasse.
Il faudrait tellement plus de temps. Tellement plus de paix aussi, plus d'espaces au calme pour s'étendre (oui, j'ai vu les chaises longues dans quelques corridors à l'écart, figurants d'une paix introuvable, placés là peut-être pour la bonne conscience...?), des espaces refuges loin des hordes, du piétinement, des touristes de ces événements épuisants. Quelques sofas, fauteuils installés dans des encoignures discrètes et invisibles des hordes barbares...
Ribouldingue
21:35 Publié dans Discutable | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : niaiseries, hystérie, hordes barbares, salon du livre jeunesse de montreuil, professeurs, sorties en classe, ronds-de-cuir
Les dévoreurs de livres
"Nous ne lisons pas pour augmenter nos expériences, mais pour nous augmenter nous-mêmes. Les enfants, eux tout particulièrement et tout le temps, lisent ainsi: en incorporant, non en s'identifiant. Leur lecture est dans un rapport très intime bien moins avec leur culture et leur connaissance du monde qu'avec leur croissance et leur puissance."
Walter Benjamin, dans Enfance, Rivages Poches/Petite Bibliothèque, cité par Jean Birnbaum dans Le Monde des Livres du ven. 2 déc. 2011
00:12 Publié dans Citations, Pourquoi lire? | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : walter benjamin, livre, signification de la lecture, jean birnbaum, enfants et lecture
04 décembre 2011
Pourquoi s'engager dans l'animation-lecture?
Dans les métiers de l'animation, l'animation en BCD (ou Espace Lecture) à Paris prend figure de cas à part en raison des compétences que nécessite l'animation d'un lieu de lecture, éventail de compétences non envisagées dans toute son étendue, semble-t-il, par les élus qui lancèrent initialement le Plan Paris-Lecture, projet de lutte contre l'illettrisme confié à des militants sincères de la lecture, tout en étant parallèlement un projet dont les élus concernés subodoraient qu'il pourrait faire gagner des points à leur champion (Chirac à l'époque), électoralement parlant.
Il s'agissait de contribuer, au départ, à lutter contre l'illettrisme (voir les définitions de l'illettrisme et de l'analphabétisme en annexe de cette note) en jetant dans cette bataille des animateurs pourtant assez peu instruits et diplômés, en tout cas pas des professionnels ni de la littérature jeunesse, ni de la pédagogie de la lecture ou de l'écriture (puisque les deux sont intimement liés). Cet aspect des choses m'a personnellement toujours intrigué, voire passionné. A peine, à un moment, insista-t-on (au début du plan me semble-t-il), sur la nécessaire motivation des candidats recherchés pour ces postes d'animateurs-lecture. Il fut jugé essentiel que ces acteurs d'un nouveau métier –que l'on n'imaginait pas en haut lieu comme un "métier", supposant des qualifications et des savoirs particuliers– que ces acteurs soient recrutés sur la base de leur volontariat. Cela dura l'espace d'un moment. Très vite succéda à cette louable intention, l'obligation faite aux animateurs titulaires, aux RPA (Responsables de Points d'Accueil en Centres de Loisirs, travaillant le reste de la semaine sur les autres services de l'interclasse et de l'étude en élémentaire, je parle d'une époque où il n'y avait pas encore d'Espace Premiers Livres (EPL) en maternelle) d'occuper le poste de bécédiste. Des RPA, plutôt enclins à faire de la gym, du bodybuilding ou du foot, se retrouvèrent propulsés dans des locaux où ils se devaient, les autres jours que le mercredi, d'initier les enfants à la poésie (par exemple!). Un certain nombre de BCD devinrent à partir de ce moment des bureaux pour RPA et directeurs de centres qui par ailleurs en manquaient cruellement, obligés qu'ils étaient de travailler dans des couloirs entre deux courants d'air les mercredis et les petites vacances (on ne peindra jamais assez le côté enfants de la balle des animateurs n'ayant que rarement des locaux spécifiques pour les loisirs dans les écoles où on les tolère le plus souvent, trimballant et montant des tables chaque mercredi matin et chaque mercredi soir, comme les techniciens des cirques montent leurs chapiteaux de ville en ville).
Lutter contre l'illettrisme, donc, quand on est soi-même à peine lettré dans certains cas, le paradoxe ne manquait pas de sel. Mais après tout, du côté des enseignants (là aussi: dans certains cas, car je n'en fais pas une loi générale), est-on, en dépit d'un bagage de formation qu'on imagine plutôt conséquent, logé à meilleure enseigne...? Il serait tellement instructif de mener une enquête sur l'usage de la lecture en milieu animateur (toute la lecture, livres, presse, affiche, lecture sur écran, etc.).

La question essentielle repose du côté de la motivation. Depuis quelques années, sans que cela ait été clairement formulé, à ma connaissance, l'obligation pour les RPA d'élémentaire de s'occuper aussi de la BCD –même si ces derniers ne s'en sentaient pas!– a été semble-t-il levée. Il reste seulement que le poste de bécédiste est réservé à des titulaires, et non pas aux contractuels ou aux vacataires, car c'est une question de respect du statut. L'essentiel est la motivation, disais-je. Et aussi une vision, un sens, un goût pour l'animation, la médiation en bibliothèque. Quelle tâche en effet que celle de pousser vers le livre, la chose imprimée, la chose à écrire, le raisonnement, la capacité à analyser, les enfants qui viennent en BCD... Il faut pour tenter d'accomplir cette mission au moins une motivation puissante, puisque l'instruction peut beaucoup manquer au départ. Des autodidactes arrivent devant les enfants, presque aussi vierges devant les livres que ces enfants eux-mêmes. Il y a là comme une analogie avec ces créateurs que l'on range dans "l'art brut", qui sans avoir jamais fréquenté des écoles d'art, se mêlent pourtant de faire œuvre créatrice, avant tout pour leur propre plaisir, inventant au passage leurs moyens d'expression puisqu'ils n'ont pas de recettes initiales toutes faites.

Si l'on pouvait brosser un portrait de tous les animateurs-lecture actuellement en activité dans le péri-scolaire à Paris, quel panorama étonnamment varié (et je le crois assez riche quoiqu'on en dise) cela donnerait... Et plus important encore peut-être serait le portrait de leurs pratiques et de leurs théories (la plupart du temps non dites, implicites et ignorées de ces mêmes praticiens!). Ce blog a voulu s'inscrire dès le départ dans l'ambition de lever un chouïa le voile sur ces pratiques. Quel en sera le résultat? Wait and see...
Bruno Montpied, animateur d'Espace-Lecture
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Annexes: "Analphabète: Qui n'a jamais appris à lire ni à écrire" (Le Petit Larousse Illustré, 2005). "Illettré: 1. Qui ne maîtrise ni la lecture, ni l'écriture. 2.(Vieux) Qui n'est pas lettré ; inculte." (Même source).

19:15 Publié dans Mémoire de l'animation-lecture, Sens de l'animation-lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : animation-lecture, bcd, epl, illettrisme, plan paris-lecture, centres de loisirs, péri-scolaire parisien, autodidactes
21 novembre 2011
En novembre 11, le nuage des mots du blog, pour prendre date.
23:34 Publié dans Sens de l'animation-lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nuages de mots, culture, tour de table, mots-clés
Le métier de l'animation et l'accès à la Culture.
Le texte ci-dessous est la version revue d'une "Intervention" effectuée à l'occasion d'une table ronde sur le thème de "l'accès à la Culture", dans le cadre du Forum de l'animation de la Ville de Paris.
Comment définir un principe "d'accès à la culture" dans les loisirs pour les jeunes proposés par les services municipaux ?
Il conviendrait de définir en premier lieu la Culture dans ce contexte:
– S'agit-il d'un bien consommable, auprès duquel nous ne serions en quelque sorte que des agents commerciaux, des guides de voyage, des accompagnateurs formés pour éviter au jeune public tous les écueils et surtout celui du doute ?
– S'agit-il d'une mémoire collective officielle, d'archives? D'un patrimoine, d'œuvres, de collections de chef-d'œuvres préservés, choisis et honorés par des "spécialistes", c'est à dire en général d'œuvres faites par d'autres et appartenant de préférence au passé? D'œuvres reconnues par une élite et stockées dans des lieux prévus pour ça (musées, bibliothèques, médiathèques, lieux classés, sites prestigieux, etc.)?
– S'agit-il d'un ensemble de rituels qui relèveraient d'une espèce de mythologie laïque ?
– S'agit-il d'une culture vivante et "pour soi", d'une culture inscrite dans la vie?
Quand on entre en contact avec une œuvre individuelle ou collective, je dirais que la culture c'est plus la façon d'entrer en contact avec la Culture que la culture elle-même.
Mais l'Histoire, les Sciences, les Arts et les Lettres appartiennent à une sphère séparée et rendue volontairement inaccessible. On a par la suite voulu faire preuve d'ouverture d'esprit en qualifiant de culture les comportements, les coutumes, les religions, les rapports sociaux ou économiques pour essayer de se mettre au diapason des plus récentes recherches, c'est à dire en mettant de côté ce qui relève de l'individu et d'une certaine indépendance d'esprit, en attirant l'attention sur les phénomènes de groupe.
S'il me fallait maintenant prendre des exemples concrets sur les différentes démarches éducatives d'approche de la culture, je dirais que le domaine de "l'Education nationale" pourrait s'apparenter à celui de l'agriculture et de l'élevage : l'agriculture c'est semer, attendre... un rendement. Surtout commencer par le début, procéder en respectant une progression et terminer par la fin. C'est aussi commencer à se servir d'instruments adaptés à chaque besogne, délimiter un champ, sarcler, biner, arracher les mauvaises herbes, éliminer les nuisibles, élaguer, mettre des tuteurs car il faut que cela pousse droit, récolter, calibrer, signaler les inadaptés. l'élevage c'est rassembler, dresser, protéger et nourrir, gaver, afin de satisfaire des besoins ou la voracité du groupe, stocker afin de constituer des réserves de denrées au cas où elles pourraient servir (lors d'examens, de concours, ou tout simplement pour rassurer notre prochain), et créer des comportements qui permettent, sous prétexte de démocratisation du savoir, d'ouvrir une catégorie "culture" dans le chapitre "consommation" (la culpabilité d'avoir manqué la dernière exposition machin, le dernier film truc, ou de ne pas fêter la musique le jour où on nous dit de fêter la musique)...
Le domaine de l'animation s'apparenterait plutôt à celui des chasseurs, cueilleurs, pêcheurs : c'est à dire attraper, saisir, capturer, collecter, ramasser, et vérifier, parce que tout n'est pas bon à manger, ne prélever que ce dont on a besoin. C'est aussi récupérer, fabriquer ses outils et ses armes, quitte à les emprunter à d'autres domaines, appâter comme à la pêche, et regarder si ça touche ou si ça mord... Ensuite il peut se révéler très intéressant de replacer ces éléments dans leur contexte d'objet culturel et dans celui du sujet acteur.
Cette attitude culturelle m'apparaît comme une véritable aventure, c'est celle que nous vivons. Et quand je parle d'aventure, que les choses soient claires, il ne s'agit pas là du ridicule artifice d'un "jeu de rôle" sans conséquence, mais bien de la vie inscrite dans une réalité sociale.
Jean-Raphaël Prieto, animateur d'Espace-Lecture,19-11-2011
23:32 Publié dans Petits essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, animation, loisirs, consommation, musées, bibliothèques, rituels, mythologie laïque, education nationale, agriculture, élevage, démocratisation du savoir, jeu de rôle
En regard
Il m'a semblé intéressant de mettre en regard les deux citations ci-dessous qui finalement posent le même problème, et qui concernent le fond de ce qui nous agite: la lutte contre l'illettrisme et le partage du savoir. (J-R.)
"La propriété se justifie en transmettant aux pauvres les savoirs qui la renforcent ; mais l'accès à la production des savoirs doit être réservé aux héritiers..."
Jean Foucambert - L'école de Jules Ferry.
"La caste possédante, aidée de ses clercs (qui n'aspirent qu'à la servir et s'y insérer, nourris de la culture élaborée par elle à sa gloire et dévotion), ne tâche pas du tout, ne nous y trompons pas, quand elle ouvre au peuple ses châteaux, ses musées, et ses bibliothèques, qu'il y prenne l'idée de s'adonner à son tour à la création. Ce n'est pas des écrivains ni des artistes que la classe possédante, à la faveur de sa propagande culturelle, entend susciter, c'est des lecteurs et des admirateurs. La propagande culturelle s'applique, bien au contraire, à faire ressentir aux administrés l'abîme qui les sépare de ces prestigieux trésors dont la classe dirigeante détient les clefs, et l'inanité de toute visée à faire oeuvre créative valable en dehors des chemins par elle balisés."
Jean Dubuffet - Asphyxiante culture

Graffito de mai 68, ph.Jo Schnapp, extrait du livre de Walter Lewino, L'imagination au pouvoir, Eric Losfeld Editeur, Paris, 1968
23:31 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : illettrisme, partage du savoir, propagande culturelle, classe possédante, classe dirigeante, bibliothèques, musées, propriété, peuple
Trombinoscope des divinités et idoles au cours des âges.
Suite à la désaffection du rayon "religions" dans les B.C.D. qui, rappelons-le, concerne aussi la mythologie et les récits des origines, on pourrait réaliser un Trombinoscope exhaustif des divinités et idoles de l'humanité du néolithique à nos jours.
Ainsi, pourront se côtoyer sur des portraits de format "photomaton", Sedna et Ganesh, "Corbeau" des indiens Haïdas et Jéhovah, Jésus revu par le panthéon hindou et Quetzalcoatl le serpent à plumes...
J-R Prieto
23:30 Publié dans Idées (d'activités, d'animations) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
19 novembre 2011
Art.6 de la loi du 13 juillet 1983
"La liberté d'opinion est garantie aux fonctionnaires".
10:58 Publié dans Lois | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : liberté d'opinion, fonctionnaires
05 novembre 2011
Tout le bien (et tout le mal...) que pense M.Bernard Collot de l'animation-lecture à Paris
Il peut être profitable à tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin à l'animation-lecture à Paris (et ailleurs) de lire ces lignes, déjà anciennes quoique gardant une actualité, que nous extrayons du blog de Bernard Collot "L'Education ou l'école au jour le jour" (blog que nous mettons dans nos liens permanents dans la colonne de droite à partir d'aujourd'hui):
"27 avril 2007
Les BCD parisiennes : des oasis qui gênent l'école
Cette semaine j’ai passé deux jours avec 25 animateurs (trices) de BCD et directrices (teurs) de la ville de Paris réunis en formation. Deux jours passionnants avec des gens passionnants… et très probablement méconnus aussi bien des enseignants que des parents, pire, de l’Education nationale, encore pire, de la ville de Paris !
Les BCD –Bibliothèques Centres de Documentation des écoles – sont nées il y a une vingtaine d’années, à la fois de la loi d’orientation dite «Jospin» et de la volonté de certaines municipalités. Pour la ville de Paris, 4 à 500 BCD puis EPL (Espace Premier Livre pour les maternelles) ont été créés (dans chaque école) avec comme objectif de réduire l’échec scolaire et l’illettrisme.
Ces espaces devaient devenir le cœur de l’école dans l’esprit de la loi. Las ! En fait de cœur ou de centre, elles n’ont été et ne sont encore qu’une greffe qui a toujours du mal à prendre et reste plus ou moins rejetée par l’école elle-même. Un exemple de plus, s’il en fallait encore, du faux procès qui est fait à une soi-disant modernisation de l’école qui n’a jamais eu lieu de par la résistance insensée de ceux qui aujourd’hui accusent… ce qu’ils ont empêché de se réaliser¹ !
Cet ensemble de BCD constitue pourtant, sous l’instigation de Robert Caron qui dirige le centre de lecture de Paris, à la fois un îlot de résistance à la pression scolaire (voire à la stupidité scolaire) et un ensemble d’oasis pour les enfants dans l’aridité du désert scolaire parisien. « C’est parce qu’il peut aller tous les jours à la BCD que mon fils veut encore aller à l’école » disait une maman. Et cet enfant n’est pas le seul à apprécier le véritable refuge constitué par les BCD et leurs animateurs. Ce qui pose d’ailleurs problème !
Parce que ces lieux sont bien plus que de simples espaces où l’on trouve des livres. Ce sont de véritables espaces de vie où les enfants peuvent enfin développer des projets personnels ou s’inscrire dans des projets collectifs, en toute liberté, en tout épanouissement². Et, dans ces projets, se servir, se délecter, jouir du lire comme de l’écrire. Tout ce que l’école devrait faire et ne fait pas, et ne fait surtout pas.
J’ai été impressionné par le niveau de réflexion de celles et ceux qui se désignent avec humour comme des bécédistes. On aimerait que les enseignants aient ce niveau. J’ai été impressionné par la capacité d’attention que ces bécédistes peuvent porter à chaque enfant. On aimerait que chaque enseignant ait cette capacité. J’ai été impressionné par le regard porté sur l’enfant et ses difficultés (les ateliers-lecture « récupèrent » en priorité les enfants dits en difficulté)³, pour le comprendre, et l’éventail, l’ingéniosité des actions mises en œuvre pour provoquer des déblocages et des mises en route. On aimerait que les enseignants aient cette approche centrée sur la vie de l’enfant, ses projets à faire naître ou à aider, le sens des activités qu’on lui propose ou qu’on lui permet de réaliser, et non sur l’empilement d’un programme ou la règle à apprendre par cœur qui ne fait pas faire un iota de progrès. J'ai été impressionné par la triple vision de ces éducateurs, à la fois sur l'enfant, sur l'enfant dans son groupe et dans l'espace où il vit, sur le groupe d'enfants. Tout ce dont on aimerait que chaque enseignant soit capable.
Ce n’est pas la première fois que je découvre dans le monde des éducateurs ce que l’on aimerait voir dans le monde enseignant (si nous avions un président révolutionnaire, on pourrait lui suggérer de supprimer l’école et de la remplacer par ce qui existe souvent actuellement autour de l’école ! remplacer le centre par la périphérie ! rassurez-vous, nous n’aurons pas de président ou de présidente révolutionnaire)).
Mais ce qui est désespérant, voir écœurant, c’est de constater à quel point ces BCD et leurs animateurs sont d’une part rejetés par l’école elle-même, dévalorisés par ceux mêmes qui les ont mis en place (on ne peut vraiment pas dire que la ville de Paris porte une grande attention à ce qui était conçu pour pallier aux difficultés de l'école) .
A l’origine les BCD devaient pouvoir être accessibles aux enfants pendant le temps scolaire, c’est à dire être aussi un outil des classes. Le livre et tout ce qui tourne autour du livre, tout ce que l’on peut faire autour du livre, la documentation, tout cela semblait bien devoir être le centre d’une école dont le principal objectif est l’accession à l’écrit et son appropriation. La réalité, c’est que la BCD est superbement ignorée par la majorité des enseignants. Même faire un projet d’école dans lequel soient présents la BCD, le livre et les actions menées par les animateurs relève de l’exploit. Non seulement les bécédistes sont parfois carrément méprisés mais on peut se demander s’ils ne sont pas aussi parfois considérés comme des concurrents, voire jalousés, en particulier quand les enfants attendent de pouvoir aller dans un espace qui arrive à leur appartenir et où ils se réalisent.
Il est vrai que lorsque l’on compare la situation des BCD de la ville paraît-il lumière, à celle de l’école d’Aizenay, 5 000 habitants (école dont l’architecture a été conçue autour de la BCD ouverte simultanément aux parents) ou à la médiathèque de Moussac, 400 habitants (véritable médiathèque, interface entre l’école et le village), c’est triste pour Paris. Et j’ai été encore plus ahuri lorsque j’ai appris que ces bécédistes, pour la plupart directrices (teurs) du centre de loisirs du mercredi, ne disposaient pour ce dernier que de la cour de l’école et de son préau qu’il fallait alors aménager comme on monte un cirque le matin et le démonte le soir. Il fait quand même bon d’être à la campagne !
Ce travail de réparation (j’ose dire de réparation des dégâts causés ou accentués par l’école) risque fort d’être remis en question par la mode inspirée par les quelques activistes réactionnaires qui sévissent sur les médias depuis quelques semaines et que l’on retrouve dans les programmes des présidentiables : aux maux provoqués par l’école, nos charlatans préconisent… encore plus d’école. On se croirait revenu au temps de la saignée. Prolonger l’école non pas par le plaisir de lire, d’écrire, par des activités où l’on peut enfin s’impliquer mais par le rébarbatif habituel des devoirs, rébarbatif sans lequel pour nos moines inquisiteurs scolaires il n’y a point de salut. Et tout cela peut-être avec la bénédiction des enseignants bien sûr (les curés scolaires) et des parents (les ouailles benêtes et crédules). Le soutien scolaire frôlant la punition scolaire, les devoirs dont on connaît depuis longtemps la réelle nocivité, il faudrait que tous les parents parisiens soient derrière leurs bécédistes pour soutenir leur résistance… mais ont-ils conscience, ces parents, qu’il s’agira alors du salut de leurs mômes ?
Un dernier mot pour quelque chose qui me révolte : ces gens que j’ai rencontrés pendant cette formation, non seulement pratiquent l’autoformation permanente mais, par passion, n’hésitent pas à payer de leur personne en demandant à rencontrer enseignants ou parents hors de leur temps de travail, à passer des soirées ou dimanches après-midi à aménager leurs espaces, à préparer des outils, trouver du matériel, parfois acheter ledit matériel sur leurs propres deniers (incroyable par exemple : la ville de Paris n’a pas pu doter ses BCD d’ordinateurs, ne serait-ce que pour y installer un logiciel de bibliothèque !). Ces éducateurs qui pour moi font le même métier que les enseignants et ont acquis des compétences de haut niveau sont classés dans la catégorie C (simples agents d’exécution) alors que les enseignants sont dans la catégorie A (chargés de mission). Il y a bien quelque chose qui ne va pas dans le royaume de France et les réformes ou les révolutions ne sont pas forcément à faire là où on nous le serine à longueur de médias !
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(1) Je fais allusion à l’appel paru et lancé par ce lobby constitué de gens qui n’ont que leur propre échec à brandir comme arguments (Brighelli, Le Bris…), y compris un ancien ministre de l’Éducation Nationale (Chevènement) dont on se demande s’il ne s’est pas trompé de camp depuis longtemps (probablement un des ministres des plus réactionnaires que l’on ait eu avec De Robien).
(2) Il s’agit bien sûr des BCD ou des EPL des animateurs réunis ces deux jours. Je n’ai pas été voir les 4 ou 500 autres BCD. Mais c’est au moins l’objectif général. "
(3) Note du rédacteur de la note (B.Montpied): Là, il semblerait que Bernard Collot fasse une légère confusion. A priori, "les ateliers-lecture ne récupèrent pas en priorité les enfants en difficulté". Ils sont en fait plutôt destinés aux enfants qui n'ont pas dans leur environnement social un accès facile aux livres et à la culture sous toutes ses formes. Il faut aussi qu'il y ait une demande de la part des enfants. Un des principes des BCD étant qu'on y vient avant tout de sa propre initiative et non pas de façon coercitive. Et les enfants qui n'ont jamais entendu parler qu'il existe une BCD dans l'école, me dira-t-on? Généralement, les enfants se passent le mot entre eux, et la nouvelle finit toujours par parvenir à ceux qui sont potentiellement intéressés par la bibliothèque.
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23 septembre 2011
Je me souviens
Je me souviens que je vivais libre et heureux dans la BCD. J'y échappais à beaucoup d'avanies, de la part des petits chefs qu'ils soient mes camarades d'école (ça, des camarades?), ou qu'ils soient, comme ce fut le cas le plus souvent, des professeurs des écoles, des directeurs d'école ou de centres de loisirs (tiens au fait, on ne doit plus dire "centre de loisirs", ce n'est plus à la mode, un bureaucrate quelconque a eu cette étrange lubie de le rebaptiser du terme moche "d'Accueil de Loisirs" ; c'est à peine du bon langage, imaginez-vous, emmener ses gosses à "l'Accueil de Loisirs", c'est quoi ce machin-là?).
Qui est le "je" qui s'exprime en ce moment, vous demandez-vous peut-être ? Celui d'un enfant ou d'un animateur? Ce pourrait être l'un ou l'autre, car on se demande parfois qui des deux est le plus infantilisé.
Ces temps derniers, si certaines CAS poussent à ce que les élèves prennent des décisions eux-mêmes sur leur vie en temps péri-scolaire, leur accordant ainsi un statut d'êtres à qui l'on reconnaît le droit d'être autonomes (en apparence peut-être, on pourrait y revenir), le même statut paraît parfois loin d'être reconnu par contre aux animateurs que l'on paraît voir en haut lieu (que l'on VEUT voir) comme des irresponsables, des grands enfants, des incapables, ou pour employer un jargon de CAS, des "chèvres" ou des "boulets" (on parle aussi de "viviers" pour les directeurs de CL à qui l'on impose dans certaines CAS de trouver eux-mêmes leurs animateurs le mercredi, ce qui confère du reste de fâcheux privilèges à ces nouveaux petits contremaîtres, "tu veux du boulot?... Alors fais ce que je te dis..."). On a la métaphore animalière facile en CAS...
Mais c'est aussi peut-être que cela arrange tous ceux qui ont intérêt à garder leurs employés dans un état de dépendance qui permet toutes les manipulations.
Ribouldingue
15:58 Publié dans Discutable | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : souvenirs, animation-lecture, cas, chèvres, boulets, petits-chefs, centres de loisirs
21 septembre 2011
PREAMBULE
"Nous cherchons tous à travailler mieux. Ni plus ni moins. Juste mieux et encore mieux, toujours. Chacun veut que son activité soit un métier où il est reconnu comme un interprète, dans sa singularité et non un simple exécutant ou intermédiaire producteur de biens ou de services.
Nous produisons parce que nous pensons, parlons, sommes organisés, expérimentés, critiques, nous produisons parce que nous mettons du sens dans nos actes, nous produisons parce que nous respirons, sentons, écoutons, observons..."
"Travails [sic]" - Numéro 01. Automne 2010.
"Tout le monde a vu une table mais quand nous disons une table le malheur est que cette table à ce moment pour M. Breton est une table de café (car il boit), pour M. Char une table de jeu (car il ne joue pas), pour M. Eluard une table d'opération (car il est passé ce matin place de l'Opéra). Si l'un de ces messieurs dit ici : une table, vous voyez ce qui en résulte. Table rase une fois faite de ceux qui les écoutent prononcer le mot table, l'un après l'autre, la poésie suit son cours, comme le Tarn dans les ravissantes inondations du Sud-Ouest."
André Breton. Préface à "Ralentir Travaux".
Ce blog est destiné à échanger des expériences, formuler des points de vue, analyser des démarches pour provoquer un débat et faire évoluer une identité professionnelle.
Il fonctionne en partie sous la forme d'un forum ouvert à tous, en partie sous la forme d'un groupe de travail d'animateurs-lecture (B.C.D, E.P.L, Espace-lecture) du syndicat C.G.T des Administrations Parisiennes.
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PREAMBULE
23:31 Publié dans Editorial | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : métier, activité, sens, table, poésie, démarches, identité professionnelle, forum, syndicat, comité de rédaction, critiques, arguments, humeurs, enthousiasmes, liberté d'opinion








